Le blog de Ma Bouquine Liste!

22 septembre 2022

Les fleurs d'Hiroshima, Edita Morris (trad. Suzanne Lipinska)

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Je vous entraîne avec moi dans la découverte de ce petit roman d'une centaine de pages écrit en 1950, parce que j'ai eu envie de remettre en exergue le chaos de l'après-Seconde guerre mondiale au Japon, et de montrer les conséquences et les ravages de l'arme atomique. L'auteure, Edita Morris, et son mari étaient tous deux journalistes et parcouraient le monde afin de dénoncer les injustices de telles catastrophes. 

 

Quinze ans après la bombe, Yuka, une jeune japonaise, élève seule ses enfants et s'occupe de sa jeune soeur qui vit avec eux depuis le drame qui a couté la vie à leurs parents et condamné son mari à une vie végétative sur  un lit d'hôpital. Ayant besoin d'un revenu complémentaire, elle accepte chez elle un locataire américain en voyage d'affaires, le jeune Sam Willoughby, qui sera très vite considéré comme un vrai membre de la famille et ainsi rebaptisé "Sam-san". Le jeune homme découvrira alors, outre le raffinement et la quiétude du style de vie à la japonaise, toutes les atrocités et traumatismes, visibles et invisibles, causés par la bombe sur la population d'Hiroshima, et notamment sur ses nouveaux amis.

Bien qu'écrit par une romancière américaine, ce roman est vraiment empreint de délicatesse et du style propre à la littérature nipponne: plein  de douceur et de poésie. Le choc des extrêmes n'en est que plus poignant. Je suis ravie que les éditions J'ai Lu aient décidé d'offrir une deuxième vie à ce roman en procédant à sa réédition, car il nous offre une belle leçon de courage mais aussi indirectement une réflexion profonde sur le monde actuel...

 

En 1961, Les fleurs d'Hiroshima a reçu le Prix Albert Schweitzer (récompensant des oeuvres illustrant notamment le "respect de la vie").

 

Ed. J'ai Lu, 2019

Ed. Julliard, 1951


14 septembre 2022

La Maison aux Orangers, Claire Hajaj (trad. Julie Groleau)

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Pour cette première chronique de Rentrée, je ne voulais pas revenir avec n'importe quelle lecture, je voulais vous trouver un livre qui m'avait vraiment fait vibrer. Avec La Maison aux Orangers, je suis servie : j'ai trouvé ma pépite ! 

 

Ce roman court sur une période allant de 1948 à 1982 et se déroule entre Palestine, Liban, Angleterre et Koweït. Il nous raconte l'histoire du jeune Salim, seulement âgé de 8 ans lorsqu'il voit sa famille se faire déposséder de ses biens, sacrifiés sur l'autel de la création de l'Etat d'Israël. Confrontée alors au conflit israélo-palestinien, sa famille est même contrainte de fuir son pays. Salim trouvera ainsi asile entre le Liban et l'Angleterre, où une fois adulte il tombera amoureux de Judit, une jeune fille juive. Mais leur amour pourra-t-il survivre entre les conflits familiaux qui surgissent dans leurs entourages respectifs et le poids d'un passé si lourd à porter ? 

 

Parce qu'il est superbement et habilement écrit, ce roman nous plonge de façon passionnante dans les origines d'un conflit parfois un peu oubliées par nous autres occidentaux. Les personnages se débattent entre espoir, colère et foi en l'amour, foi en des jours meilleurs, en la justice. Mais leurs bonnes intentions et leur rationalité pourront-elles résister à un chemin de vie autant semé d'embûches ? Je ne peux que vous inciter à le découvrir par vous-même en vous immiscant dans leurs combats, leurs souffrances, leur désir de vengeance mais aussi leurs joies. C'est résolument un beau roman, de ceux qui vous accompagnent bien au-delà de la dernière page...

 

Ed. Le Livre de Poche, 2019

Ed. Les Escales, 2018

20 mai 2022

Parce que c'était le seul choix, Sophie Renouard

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Parce que c'était le seul choix est le deuxième roman de Sophie Renouard. J'avais eu l'occasion de lire le premier, On n'efface pas les souvenirs, que j'avais déjà beaucoup aimé (chronique à lire ou relire sur le blog ou sur Instagram), et avec ce nouveau roman, j'avoue que j'ai retrouvé le même enthousiasme...

L'auteure nous entraîne dans la vie de deux femmes, deux amies d'enfance, inséparables: Olivia, une gynécologue réputée et Isabelle qui est sage-femme. Unies dès leur plus jeune âge par un destin difficile, elles devront faire face aux conséquences du choix de l'une d'entre elles le jour où celle-ci se retrouvera confrontée à l'insoutenable, à l'impossible décision à prendre, qui marquera encore un peu plus leur chemin de vie si peu commun.

A travers cette histoire de "consciences", ce sont aussi deux beaux portraits de femmes que nous offre ici Sophie Renouard : des héroïnes à la fois fortes et fragiles, déterminées et pétrifiées. Le tout émaillé de suspense et de rebondissements. Dès les premières pages, on plonge dans l'histoire et on l'avale goulûment d'une traite, tant on vibre pour chacun des personnages et l'on craint le pire... C'est un beau roman, à la trame originale, et fort bien écrit. J'ai retrouvé avec bonheur le style concis et épuré de l'auteure: ce deuxième roman est ainsi pour moi la confirmation d'un vrai talent ! J'adresse d'ailleurs mes sincères remerciements à Aurélia des éditions Les Presses de la Cité de m'avoir permis de savourer ce nouvel opus.

Les Presses de la Cité, 2022

10 mai 2022

Plantes sauvages comestibles, Laurent Occelli

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Avec l'arrivée du printemps et des beaux jours, nous sommes nombreux à avoir envie de nature et d'évasion, c'est pourquoi j'ai été séduite par cet ouvrage, à la fois livre de recettes et petit guide Nature, et dont le titre complet est : En promenade, je cueille  mes Plantes sauvages comestibles...

L'auteur, Laurent Occelli, est diplômé en botanique et a complété sa formation par quelques années passées en Chine, où il a pu continuer à assouvir sa passion en y étudiant la flore endémique.

Dans ce petit guide, le botaniste se fixe une double mission: nous faire découvrir ou re-découvrir les plantes qui jalonnent  nos sentiers et nous apprendre à les cuisiner (et donc à les apprécier et les savourer). Ce livre n'est nullement réservé aux végans, tout un chacun peut parfaitement y trouver son bonheur. 30 plantes y sont représentées et décrites, qui donnent lieu à 80 recettes salées ou sucrées. De la célèbre Soupe aux orties à la plus originale Tourte aux coquelicots (ma préférée sur le papier, et que j'ai hâte de pouvoir tester), curiosité et originalité trouvent brillamment leur place dans ce petit ouvrage à glisser dans son sac à dos lors de prochaines balades.

A défaut de pouvoir les convier à une future dégustation, j'en profite néanmoins pour remercier vivement les éditions de Borée pour cette charmante découverte !

Editions de Borée, 2022

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06 mai 2022

La Nuit des abeilles, Josette Boudou

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En 1947, deux ans après la fin de la guerre donc, la vie reprend peu à peu son cours dans un petit village d'Auvergne, où Simon, un apiculteur, vit avec sa fille Pauline,  mère-célibataire d'une petite Léna, tandis que son autre fille, Alice, vit un mariage chaotique avec son époux Germain, l'épicier. Alors que tous  tendent à reprendre leurs marques dans cette France d'après-guerre, Tristan, un journaliste et écrivain, vient s'installer dans le village et intègre progressivement la vie de cette petite communauté. Cependant, des questions surgissent quant à la présence du reporter, au fur et à mesure que Tristan trouve sa place: qu'est-il réellement venu faire là ? Quels sentiments le lient à la famille de Simon dont il est devenu si proche ?...

 

La Nuit des abeilles est un "roman de terroir" mais c'est aussi un roman historique, qui nous renvoie à cette période "d'entre-deux", où la guerre était certes achevée et pourtant encore bien présente dans les esprits et dans les coeurs. Les personnages sont attachants car après les affres des privations, de la peur et de l'Occupation, on devine et ressent leur envie d'un retour à la vie normale et leur besoin d'amour. C'est ainsi également un vrai roman sentimental, où l'intrigue trouve joliment sa place. Le style fluide et poétique (notamment dans les descriptions de la nature environnante) de Josette Boudou nous offre donc ici une bien agréable lecture et un grand bol d'air frais. Je tiens d'ailleurs à remercier les éditions de Borée de m'avoir permis ce romantique saut dans le passé que j'ai vraiment apprécié ! 

 

Editions de Borée Essentiels, 2021


03 mai 2022

Bestiaire des proverbes des animaux sauvages, Christian Bouchardy & Christian Godin

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J'ai un petit bijou à vous faire découvrir aujourd'hui et j'en suis ravie ! Je remercie d'ailleurs très chaleureusement les éditions de Borée pour cette superbe découverte !

 

L'histoire commence quand un écrivain et photographe naturaliste rencontre un philosophe. Qu'est-ce qu'ils se racontent ? Bah des histoires d'animaux ! Ou plus exactement, des proverbes, des expressions et des dictions d'animaux mais d'animaux sauvages ! Ce bestiaire est donc un recueil d'histoires du monde entier, enrichies de commentaires explicatifs pour celles qui pourraient nous sembler plus abstraites ou plus éloignées de notre propre culture. 

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L'ouvrage est divisé en quatre grandes parties: L'homme dans le monde ; La condition humaine ; Les comportements mauvais et enfin, Les bons comportements. Près de mille proverbes pleins de sagesse, de bon sens et d'humour constituent une très belle lecture magnifiquement illustrée par des images ou des gravures anciennes qui en font réellement ce qu'on appelle un "Beau livre", qui séduira à la fois les amoureux de la langue française, des animaux mais aussi des beaux ouvrages: à offrir ou juste pour le plaisir de le feuilleter un peu chaque jour...

Editions de Borée, 2021

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22 avril 2022

L'appel du bout du monde, Justine Duquesne

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Après mes longs mois de silence, j'ai souhaité revenir vous parler de mes lectures avec L'appel du bout du monde de Justine Duquesne, un livre "vraie bouffée d'oxygène et d'espoir"...

 

Ce roman autobiographique, récit de voyage d'une jeune baroudeuse de 24 ans, nous entraîne sur les routes du monde mais aussi dans l'âme des populations rencontrées. De par son parcours atypique, la jeune femme nous interpelle dès les premières pages du livre. D'abord, elle nous tutoie nous entraînant dès lors dans son univers, où elle commence par nous expliquer qui elle est et ce qu'elle a fait: infirmière, puis prof de lettres, puis pompier de Paris ! Mais au plus profond de son être, elle est bien plus encore que ça, Justine, elle est les cultures qu'elle veut découvrir, les gens qu'elle rencontre, l'air qui se respire ailleurs, elle est l'intelligence du coeur et la remise en question de soi, notamment quand son amoureux la quitte. Le chagrin l'ébranlera bien sûr mais ne l'arrêtera pas pour autant dans son voyage initiatique, dans sa quête de soi et des autres.

 

Quatre ans de voyage sur les routes, de découvertes, avec à son actif: 10 000 kilomètres à vélo et 15 000 en stop, le tout narré avec fluidité et un formidable enthousiasme. Si vous aimez les voyages et l'aventure, alors vous adorerez vous évader avec ce roman. En tout cas, sa conception du voyage-découverte correspond parfaitement à la mienne. Elle dit ainsi: "la simplicité, la sincérité et l'authenticité des peuples à l'écart du monde moderne me touchent profondément" et (...) "ce que je recherche dans le voyage, c'est le dépaysement, ce moment où je perds mes repères mais qui éveille chacun de mes sens"... Alors si vous aussi vous vous retrouvez dans ces ressentis, n'hésitez pas et partez avec elle sur les routes en toute confiance !

 

City Editions, 2020

04 novembre 2021

Arbre(s), Roger Maudhuy

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Aujourd'hui j'ai envie de vous présenter un très beau livre sur les arbres, tout juste paru aux éditions de Borée. Alors certes la mode est à la sylvothérapie et aux câlins aux arbres, ce qui n'est pas ma tasse de thé je vous l'avoue, mais qui ne m'empêche pas toutefois de grandement apprécier ces merveilles de la Nature. Et un livre entier sur cette thématique, on pourrait imaginer qu'il serait trop généraliste ou ennuyeux mais non, bien au contraire !

 

Dès les premières lignes, l'auteur expose sa démarche en écrivant ainsi : "l'arbre est universellement considéré comme le symbole des rapports mystérieux qui s'établissent entre la terre et le ciel". (...) "Parce que l'arbre dépasse les siècles, il est aussi symbole de longévité, l'arbre mémoire, celui qui a vu passer plusieurs générations des mêmes familles...". Mais parce que l'arbre est également porteur de bien d'autres symboliques, Roger Maudhuy a décidé de nous le/les présenter dans cet ouvrage, comme un album richement documenté, que nous pouvons consulter au gré de notre curiosité ou de notre envie.

 

J'ai donc commencé à grimper tout doucement aux branches de cet arbre-là mais très vite, j'ai accéléré mon ascension tant le sujet m'est apparu passionnant et bien traité. Des arbres sacrés aux arbres des artistes, je les ai tous visités ! J'ai adoré la présentation de ce livre, illustré de nombreux documents historiques et de nombreuses photos, révélateurs du profond travail de recherche effectué par l'auteur. C'est, je trouve, un livre qu'on ne s'arrête jamais de lire car il fourmille de mille détails sur telle ou telle symbolique de l'arbre. On peut donc inlassablement revenir le feuilleter, même uniquement pour le plaisir. Que nous vivions en ville ou à la campagne, les arbres font partie de notre environnement et je vous garantis que même si on les appréciait déjà, après cet ouvrage, on ne les en aimera que davantage. Et nul besoin d'être écologiste pour cela. J'ajouterais que c'est une lecture qui convient réellement à tout le monde. Pour ma part, il va trouver naturellement sa place sur ma table de chevet, afin que je puisse en relire certains passages de temps en temps...

 

Je tiens à adresser mes sincères remerciements aux éditions de Borée pour cette belle découverte.

 

Ed. de Borée, 2021

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25 octobre 2021

Je suis née à Bergen-Belsen, Yvonne Salamon avec Frédérique Agnès

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Je dois vous avouer que j'ai beaucoup hésité avant de commencer la lecture de ce livre. S'agissait-il d'un énième témoignage des horreurs subies dans les camps de la mort pendant la guerre ? Car aussi légitimes et absolument nécessaires qu'ils soient (et ça j'en suis intimement convaincue ! ), j'en ai lus suffisamment pour ma part... Et puis, un petit je ne sais quoi m'a tout de même incité à ouvrir ce livre, et je ne l'ai plus lâché jusqu'à la fin !

 

Ainsi que l'indique le titre, Yvonne Salamon est née dans un camp de concentration et y a vécu jusqu'à ses six mois. Sa mère, Hélène, sage-femme de son métier et déjà maman de deux autres enfants, s'est arrangée pour dissimuler sa grossesse aux nazis et pour accoucher seule une nuit dans l'infirmerie alors déserte. Les quelques mois que le bébé vivra en détention emmailloté et collé sur le ventre de sa mère, jamais il n'émettra le moindre son, comme si d'instinct, la petite fille avait senti que sa vie était menacée. Aujourd'hui Yvonne Salamon est psychiatre. Elle a ressenti le besoin d'écrire son histoire, et surtout celle de sa maman, dans ce livre qui, avec l'aide de la journaliste Frédérique Agnès, apparaît comme un très beau dialogue entre une mère et sa fille.

 

Alors certes, il est impossible de faire l'impasse sur les atrocités vécues et subies dans les camps mais pour une fois, ce n'est pas ce qui ressort le plus de ces deux témoignages. C'est vrai que c'est un livre qui "chamboule" mais d'abord parce qu'il est le reflet d'un immense amour maternel et filial. Parce que ces deux femmes, ces deux êtres, ont vraiment été liés corps et âme, et bien plus encore. C'est un livre que je  n'ai pas lu dans la souffrance face à ces témoignages, mais plutôt dans l'admiration et un profond respect. Et très étrangement, c'est un livre qui à la fin apporte comme un sentiment d'apaisement, peut-être parce que comme l'écrit Yvonne, mère et fille sont tellement liées à jamais, que même après la mort, on ressent toujours la présence et la force de la mère chez son enfant... Un très beau livre à n'en pas douter !

 

J'adresse  un immense merci aux éditions Mon Poche pour ce beau moment d'émotion !

 

Ed. Mon Poche, 2021

Ed. Plon, 2020

18 octobre 2021

Les Ombres du palais, Karine Lebert

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Je l'ai déjà précisé dans le passé mais Karine Lebert est à n'en pas douter, l'une de mes auteures préférées. Ce pour plusieurs raisons mais notamment, parce que lorsque j'ouvre l'un de ses livres, je sais d'avance que je vais passer un excellent moment! Et cette fois, la romancière nous emmène à Venise...

 

Alors que l'univers d'Alice, jeune romancière parisienne aux origines italiennes, s'écroule lorsqu'elle apprend que son mari la trompe, le destin vient frapper à sa porte sous la forme d'un héritage inattendu. Un ancien palais vénitien lui a en effet été légué par une parente très éloignée. Pensant dans un premier temps le vendre, le tsunami conjugal qu'elle subit la pousse à revoir son projet et à s'investir corps et âme dans la rénovation de l'ancienne demeure et dans les recherches historiques qui pourraient en même temps lui servir de base pour un nouveau roman. Aidée dans ses investigations par un proche de la défunte, Ailce pourrait bien alors trouver dans la Sérénissime bien plus qu'un nouveau toit...

 

Un roman aux personnages attachants et à l'intrigue fort bien élaborée. L'histoire est vraiment plaisante et les chapitres s'articulent entre XIV° et XXI° siècles, et ce entre Paris et Venise. On voyage très agréablement dans le temps, avec toujours une foule de détails historiques qui rendent notre imaginaire encore plus fertile et nous permettent de rentrer complètement dans le décor. J'ai dévoré ce livre, je ne peux donc que vous encourager à y goûter! 


J'adresse mes sincères remerciements au service de presse des éditions de Borée pour cet excellent moment de lecture. 

Ed. de Borée, Terre de Poche, 2021